Le VIIIe Plénum, bien qu'il existe des appréciations différentes quant aux étapes du développement de la révolution yougoslave, considère qu'à la suite de la victoire de la révolution prolétarienne en Yougoslavie existent un État ouvrier et un .régime de dictature du prolétariat dans ce pays ; observe que, dans les conditions particulières de la révolution yougoslave, des déformations bureaucratiques subsistent dans cet État ; constate qu'une lutte sérieuse est engagée par les communistes yougoslaves contre ces déformations.
La campagne de l'internationale pour la défense de la Yougoslavie doit être précisée dans ce sens.
La discussion se poursuivra dans l'internationale sur l'estimation des étapes de la révolution yougoslave, y compris l'étape actuelle.
Cette résolution a été votée par 8 pour, 3 contre (Autriche, Suisse, Viêt-Nam).
Contre-résolution repoussée
1) Le CEI constate que la Yougoslavie de Tito est un État capitaliste qui a été reconstruit
après l'étranglement de la révolution prolétarienne yougoslave, par Tito, sa bureaucratie,
son parti et son régime, contre les masses laborieuses qui ont poussé et poussent encore
aujourd'hui à la constitution d'une dualité de pouvoir dans leur lutte pour la création de
leur État soviétique.
2) Le CEI constate que le PCY titiste rejette par principe le trotskysme, la révolution
prolétarienne mondiale, l'internationalisme prolétarien révolutionnaire, et que toute sa
politique se maintient en pratique sur la base fondamentale du « socialisme yougoslave »
dans un seul pays. La critique antistalinienne du PCY et les paroles et actes apparemment
gauchistes de sa direction ne doivent pas tromper les sections de la IVe Internationale et
les masses quant à la ligne fondamentale nationale « communiste », c'est-à-dire
antirévolutionnaire, anti trotskyste, antisocialiste, du parti de Tito, de la bureaucratie de
Tito, du gouvernement de Tito et de la Yougoslavie de Tito.
C'est une illusion de penser que le parti de Tito est « une force se développant dans la voie
du léninisme » ou qu'il peut, lui et son régime, favoriser consciemment et propulser la
révolution prolétarienne en Yougoslavie. La IVe Internationale, de par son programme, a
pour devoir de suivre une politique révolutionnaire. Le CEI rejette par conséquent des
illusions de ce genre et met en garde tous les camarades devant leurs conséquences
antirévolutionnaires.
3) Le CEI constate qu'il est nécessaire d'exploiter, au moyen de la question yougoslave,
la crise du stalinisme dans la construction du parti de classe prolétarien. Les sections
de la IVe Internationale ne doivent cependant pas soutenir le régime de Tito et le parti
de Tito, mais elles doivent appeler les masses laborieuses de tous les pays :
a) à soutenir les ouvriers et les paysans pauvres de Yougoslavie dans leur lutte pour leur
droit d'autodétermination prolétarienne démocratique, de pouvoir se déterminer
librement, eux-mêmes et leur existence étatique, et dans leur lutte pour la constitution de
la démocratie prolétarienne, c'est-à-dire de l’État soviétique en Yougoslavie ;
b) à soutenir les masses populaires yougoslaves dans leur lutte pour l'indépendance
nationale. Elles leur accorderont ce soutien aussi bien contre la bourgeoisie mondiale
que contre la bureaucratie du Kremlin et contre les « démocraties populaires », tout
en tenant toujours compte du fait que la lutte principale doit se diriger toujours contre
la bourgeoisie mondiale. Partant de cette orientation fondamentale, elles doivent
aussi soutenir le régime de Tito et la bureaucratie de Tito.
Cette contre-résolution a été préalablement repoussée par 2 pour (Autriche, Suisse), 8 contre et 2 abstentions (Viêt-Nam).
Résolution présentée par Gabriel (Raptis)
1. Le VIIIe Plénum du CEI considère que les progrès de la discussion dans l'internationale
sur le cas de la Yougoslavie ainsi que l'orientation donnée de plus en plus à la
campagne que nos sections mènent en faveur de la défense de la Yougoslavie per-
mettent, et même obligent, de trancher sans plus attendre la question du caractère
de classe de la Yougoslavie.
2. Dès avant la rupture du PCY avec le Kominform, l'internationale avait tendance à
considérer le cas de la Yougoslavie comme n'étant pas absolument identique au reste
du « glacis » et, à plusieurs reprises depuis 1943, elle avait souligné aussi bien le
caractère révolutionnaire du mouvement de masse qui a porté le PCY au pouvoir que
l'ampleur des transformations économiques et sociales qui ont marqué la vie de ce
pays entre 1944 et 1948.
Après la rupture, une attention particulière fut accordée au cas de la Yougoslavie et,
dans la résolution du VIIe Plénum sur le « glacis », l'analyse donnée de ce pays devait
logiquement conduire à la conclusion que la Yougoslavie avait cessée, dès avant la
rupture, d'être un pays capitaliste. Cependant l'internationale, retenue par des
considérations portant sur l'ensemble du « glacis », a hésité à apprécier à leur juste
valeur les caractéristiques spécifiques du cas de la Yougoslavie et à tirer à temps les
conclusions qui s'imposaient.
3. Le mouvement révolutionnaire de masse, qui a surgi déjà pendant la guerre en
Yougoslavie et fut dirigé par le PCY, a joué fondamentalement dans le sens d'une
révolution prolétarienne qui a mis progressivement bas l'ancien appareil étatique de
la bourgeoisie et a radicalement transformé les rapports de propriété capitalistes.
Le PCY fut porté au pouvoir par ce mouvement révolutionnaire des masses, avec
lequel il est resté constamment lié.
Les fluctuations connues dans son développement par la révolution yougoslave, et
particulièrement l'intermède de l'accord et du gouvernement Tito-Soubatchich,
s'expliquent principalement par la pression exercée conjointement par l'impérialisme
et la bureaucratie soviétique entre 1944 et 1945 sur la direction du PCY, elle-même
fortement marquée encore par son éducation stalinienne.
4. Le parachèvement de la révolution commencée déjà pendant la guerre en Yougoslavie
se place dans la période 1946-1948, pendant laquelle furent accomplie aussi bien le
remplacement de l'ancien appareil étatique, par un appareil basé sur les comités en tant
qu'organes du pouvoir unique sur tout le territoire, que la transformation radicale des
rapports de propriété.
La période 1946-1948, loin d'être celle d'une inertie et d'une prostration pratique des
masses et des comités, est au contraire celle de l'accomplissement de la révolution, le
PCY maintenant et renforçant ses liens avec les masses, précisément à travers les
réalisations de la révolution. Ce qui explique la rupture à gauche qui a eu lieu en 1948
avec le Kominform et le Kremlin et la résistance victorieuse dont a fait preuve à cette
occasion le PCY, soutenu sans réserve par les masses.
5. La rupture a permis à la révolution yougoslave victorieuse d'atteindre des niveaux
supérieurs, caractérisés avant tout par la lutte de plus en plus consciente entreprise
depuis lors contre le danger de la dégénérescence bureaucratique de la révolution, par
l'élargissement de la démocratie socialiste.
La Yougoslavie étant un État ouvrier, un État de dictature du prolétariat, dès avant la
rupture, évolue sous la pression des conditions objectives et subjectives créées par
la rupture, vers une amplification constante de la démocratie socialiste, de la partici-
pation active et effective des masses à la gestion de l’État et de l'économie.
Cette évolution estompe de plus en plus les déformations bureaucratiques de cet État
tel qu'il fut instauré avant la rupture, quand la pression de la bureaucratie soviétique,
s'exerçant à travers l'appareil du PCY, lui-même marqué par son éducation stalinienne,
limitait l'organisation et le développement démocratique des masses.
6. Cependant, cette évolution progressive, qui se reflète aussi bien sur le plan idéologique
que sur le plan des mesures économiques et sociales prises en Yougoslavie depuis la
rupture, a des limitations objectives inhérentes au caractère isolé de la révolution
yougoslave, dans un petit pays à majorité paysanne. Dans le cas où la dynamique du
mouvement révolutionnaire international s'avérera incapable dans les années à venir
d'alléger et même de briser la pression énorme exercée actuellement conjointement par
la bureaucratie soviétique et l'impérialisme sur la Yougoslavie prolétarienne, la dictature
du prolétariat dans ce pays peut commencer à connaître un nouveau cours de régression
bureaucratique, qui mettra rapidement en danger son caractère de classe même.
D'où le devoir de l'avant-garde révolutionnaire internationale de se situer non pas en
dehors de la révolution yougoslave, mais de la considérer comme un moment de la
réalisation de la révolution mondiale, dont le sort est organiquement lié au
développement de celle-ci.
Vote à titre indicatif : 5 pour (Indes, Grèce, Hollande, Grande Bretagne, Italie), 4 contre (Belgique, Autriche, Suisse, Viêt-Nam), 2 abstentions (France).
Résolution présentée par Germain (Mandel)
1. Les événements qui se sont produits en Yougoslavie depuis la rupture entre le Kremlin
et le PCY exigent de l'internationale une révision de son analyse de la nature de classe
de l’État yougoslave. Cette révision ne doit nullement avoir une portée rétroactive et
peut s'établir au contraire sur les faits nouveaux survenus dans ce pays depuis
l'établissement du blocus des pays « kominformistes » et le procès de Rajk. Ces faits
consistent fondamentalement en une mobilisation des masses laborieuses yougoslaves
par le PCY pour la défense et le parachèvement des conquêtes d'une révolution
prolétarienne. Ce parachèvement se vérifie avant tout dans les facteurs suivants :
a) La structure étatique devient effectivement basée sur les comités populaires. Le
fonctionnement de ces comités s'oppose à leur inertie pratique entre 1945 et 1948.
Les dirigeants du PCY réévaluent eux-mêmes depuis 1948 la signification et le rôle
de ces comités, tant dans le domaine pratique que dans le plan théorique.
b) Le contrôle ouvrier sur la gestion des entreprises industrielles commence à
s'installer sous l'impulsion du PCY, et un grand degré de contrôle et même de
gestion directe par les masses s'introduit au sein des coopératives agricoles.
2. Réalisées dans des conditions d'une nouvelle montée révolutionnaire, plus profonde
que celle de la guerre des partisans, à la fois par le nombre de travailleurs qui y
participent que par le degré de conscience des masses participantes, ces mesures ont
été accompagnées par une tendance à la démocratisation de toute la vie sociale, qui se
manifeste notamment
a) Par le desserrement du contrôle bureaucratique sur la pensée politique des militants
communistes et des travailleurs d'avant-garde en général, par l'établissement d'un
climat de liberté et de discussion à l'intérieur du mouvement communiste, faisant
évoluer le régime politique de la Yougoslavie en direction d'une démocratie
prolétarienne véritable.
b) Par d'importantes mesures économiques (décentralisation de l'industrie),
politiques (participation réelle des masses aux organes du pouvoir) et idéologiques
(discours et articles du PCY) prises contre le danger du bureaucratisme, danger
reconnu, dans la tradition des idées de Lénine et de Trotsky sur ce sujet, comme
un danger social inhérent à tout État ouvrier.
c) Par d'importantes réformes sur le plan de l'enseignement, de la vie culturelle et
artistique, etc., où se manifeste la volonté de rejeter toute camisole de force de type
stalinien.
Par conséquent, la IVe Internationale a le devoir de caractériser l’État yougoslave, en conformité avec tous ces faits, comme un État ouvrier (dictature du prolétariat) non dégénéré. Des déformations importantes subsistent, dues surtout au caractère arriéré du pays et à sa base matérielle étroite, mais également au passé et aux survivances staliniennes dans la théorie et la pratique du PCY.
3. Les conditions particulières dans lesquelles la révolution prolétarienne a triomphé en
Yougoslavie découlent des conditions historiques particulières que ce pays a connu depuis
dix ans, à savoir :
a) la destruction physique et sociale de la plus grande partie des anciennes classes
possédantes au cours de la guerre de partisans et de la guerre civile 1941-1944 ;
b) la perte de toute possibilité d'action politique des résidus de ces classes possédantes, à
partir de la fin de 1945 ;
c) l'établissement de rapports de forces internationaux entre les classes et entre
l'impérialisme et la bureaucratie soviétique, qui rendirent impossible toute
intervention suivie de la bourgeoisie internationale contre la révolution yougoslave ;
d) le fait que le seul facteur qui arrêta cette révolution au seuil de sa victoire totale en
1944-1945 fut l'intervention contre-révolutionnaire de la bureaucratie soviétique ;
e) le fait que pendant les années 1945-1948 aucune bureaucratie ne se détacha du
prolétariat et de la paysannerie pauvre yougoslave en tant que caste séparée et
distincte, possédant d'importants privilèges sociaux et subordonnant la défense des
conquêtes révolutionnaires à la défense de ses privilèges parasitaires.
Pour toutes ces raisons, le parachèvement de la révolution prolétarienne en Yougoslavie, c'est-à-dire la transformation du gouvernement ouvrier et paysan en dictature du prolétariat, dans des conditions de prostration complète des anciennes classes possédantes, a pris des formes particulières différentes de celles d'un parachèvement « classique » de la révolution prolétarienne en face d'un État bourgeois non dégénéré du point de vue de la bourgeoisie. Néanmoins, les événements qui se sont déroulés en Yougoslavie depuis 1948 comportent des bouleversements profonds sur tous les plans (État, économie, relations sociales, idéologie, mœurs, justice, culture, etc.), beaucoup plus profonds en tout cas que tout ce qui avait été vu dans n'importe quel autre pays d'Europe depuis la révolution d'Octobre, et justifient pleinement dans ce sens leur caractérisation comme une révolution prolétarienne parachevée. 4. Cette définition de la Yougoslavie actuelle se place complètement sur le plan de la théorie
marxiste-léniniste de l’État. L'internationale a caractérisé à juste titre les appareils
étatiques des autres pays du « glacis », non issus d'une révolution prolétarienne, comme
des appareils étatiques hybrides ne pouvant encore échapper à la définition d'État
bourgeois dégénérés du point de vue de la bourgeoisie, tout en caractérisant la tendance
de l'évolution de ces pays comme celle de leur assimilation structurelle à l'URSS. Ce
caractère particulier des appareils étatiques des autres pays du « glacis » se manifeste en
premier lieu dans la combinaison purement administrative et bureaucratique de
l'ancienne structure étatique de ces pays avec la fiction de nouvelles formes étatiques.
La Yougoslavie, dès le début, avait suivi une voie particulière, issue d'une destruction
radicale de l'ancienne structure étatique à travers la guerre civile. On pourrait
caractériser l’État yougoslave entre 1945 et 1948 comme une forme particulière d'une
dualité de pouvoir, dans laquelle les anciennes formes de pouvoir reconstruites se vident
progressivement de, tout leur contenu, par suite de la disparition des anciennes classes
possédantes, tandis que les nouvelles formes restent fictives faute d'une participation
réelle des masses. C'est la transformation de ces formes nouvelles (comités) de fictives
en réelles qui a entraîné une disparition de fait de toute fonction des résidus d'anciennes
structures étatiques reconstruites en 1944-1945 et qui constitue le saut dialectique
transformant la Yougoslavie en une dictature du prolétariat. Cette transformation n'a été
possible que par une nouvelle et puissante montée de l'activité des masses, confirmant
de ce fait à nouveau la théorie marxiste-léniniste de l’État.
5. La transformation révolutionnaire réalisée en Yougoslavie depuis la rupture avec le
Kremlin n'a été possible à un rythme aussi rapide et de façon aussi radicale que grâce au
rôle dirigeant joué par le PCY dans ce processus. Rétrospectivement, il faut reconnaître
que ce parti n'a plus été depuis 1941 un parti stalinien dans le sens propre du mot,
subordonnant servilement les intérêts du prolétariat yougoslave à ceux du Kremlin. De
par l'afflux des masses révolutionnaires dans ce parti, à travers la guerre de partisans, et
de par l'évolution idéologique des dirigeants de ce parti, le PCY a constitué à partir de la
guerre civile en Yougoslavie un parti qui s'est efforcé d'établir dans sa politique un
compromis entre les intérêts de la révolution socialiste yougoslave et ceux de la
bureaucratie soviétique. Cette évolution du PCY a introduit une différenciation dans son
sein, une aile droitière (Jouyovitch et Hebrang) tendant à représenter au sein du PCY la
défense des intérêts du Kremlin, le reste de la direction tendant objectivement à
représenter les intérêts du prolétariat yougoslave face au Kremlin. Avec la rupture en
1948, cette transformation était achevée sur le plan objectif. À partir de ce moment, le PCY
ne représente plus un parti qui, comme les organisations réformistes et staliniennes, sert
des intérêts sociaux autres que ceux du prolétariat (la bureaucratie syndicale des pays
capitalistes, ou la bureaucratie soviétique), mais un parti qui s'efforce objectivement de
représenter les intérêts du prolétariat de son pays. La transformation idéologique qui est
encore en cours retarde, comme toute prise de conscience, sur le processus objectif qu'elle
reflète, et peut encore passer à travers plusieurs stades intermédiaires. 6. À la lumière de la position que la IVe Internationale adopte aujourd'hui sur le problème
de la nature de classe de l’État yougoslave, elle est obligée de soumettre à une
autocritique serrée son analyse passée de la Yougoslavie. Cette autocritique doit partir
notamment
a) Sur une sous-estimation de l'ampleur du mouvement révolutionnaire des masses et
des bouleversements que celui-ci provoqua dans le pays dès 1943-1945. Bien qu'à
plusieurs reprises (articles dans IVe Internationale, fin 1943 ; thèses russes du IIIe
Congrès du PCI, 1946), ce facteur ait été mis en lumière par des textes officieux de
l'internationale, celle-ci n'en a pas tiré les conclusions nécessaires et a continué à
considérer le « glacis » comme un bloc, sans introduire dans ses textes officiels la
différence fondamentale entre la Yougoslavie et les autres pays, différence découlant
de la nature fondamentalement différente de l'origine du pouvoir du PCY.
b) Sur une incompréhension de la nature spécifique du PCY qui, tant par le rôle qu'il
joua pendant la guerre civile que par sa composition, se différencia dès le début
des autres partis communistes du « glacis » et de toute l'Europe.
Le manque de compréhension de l'internationale en ce qui concerne ces deux phénomènes l'a empêchée de prévoir les événements yougoslaves de la façon dont ceux-ci se sont produits. Bien que l'internationale ait défendu sans relâche la thèse de l'instabilité de la bureaucratie soviétique et du stalinisme et de la différenciation nécessaire des partis communistes dans des conditions de montée révolutionnaire, elle avait toujours envisagée que cette différenciation s'établirait contre les directions des PC nationaux, et n'avait pas prévu la possibilité d'une différenciation entre un PC dans son ensemble et le Kremlin.
La cause de ce manque de compréhension ne peut être cherchée dans une insuffisance théorique, mais dans un manque d'information et d'analyse approfondie du phénomène spécifique yougoslave. La leçon qui doit se dégager de cette expérience, c'est que toutes les analyses politiques doivent être encore plus spécifiques et complètes, tenant compte dans chaque cas des particularités du développement national, et que tout remplacement de ces analyses spécifiques par des formules générales paralyse l'élaboration d'une ligne politique juste.
Cependant, le fait que l'internationale, comme seule tendance du mouvement ouvrier, ait été capable dès le début de l'affaire yougoslave de prendre une position juste envers celle-ci, et qu'elle ait été seule à comprendre la signification historique de la rupture entre le PCY et le Kremlin, confirme que, malgré des erreurs d'analyse particulières, la ligne générale de l'internationale a été juste, et notamment que sa compréhension du stalinisme et de ses rapports avec le prolétariat s'est trouvée brillamment confirmée. C'est pourquoi l'autocritique nécessaire cadre parfaitement avec nos conceptions programmatiques générales et renforce la valeur unique de notre programme comme seule base d'une politique révolutionnaire dans le monde d'aujourd'hui.
7. L'avenir de l’État ouvrier yougoslave et du PCY dépend fondamentalement de l'action du
prolétariat international et de son avant-garde révolutionnaire à leur égard. Seule l'aide
constante et sans cesse amplifiée du prolétariat international à la Yougoslavie permettra
un passage du PCY sur les positions de l'internationalisme prolétarien. Seule une
extension internationale de la révolution yougoslave assurera définitivement ses bases
matérielles et son évolution dans le sens de la démocratie prolétarienne socialiste. La
possibilité d'une régression bureaucratique de la révolution yougoslave, dans le cas d'un
isolement de cette révolution et d'un recul du mouvement ouvrier international, est
cependant limitée. Des conditions d'un recul pareil aboutiraient plutôt rapidement à
l'écrasement de la Yougoslavie ouvrière entre Wall Street et le Kremlin.
Vote à titre indicatif : 1 pour (Belgique), 7 contre (Indes, Grèce, Hollande, Grande-Bretagne, halle, Suisse, Autriche), 3 abstentions (France, Viêt-Nam).